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L'IMAGE DE SADDAM HUSSEIN, LE FANTÔME DE BEN LADEN
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MEDIA


lundi 29 décembre 2003, par F.-B. Huyghe
Irak, el Quaïda : la guerre des images continue
L'image de Saddam Hussein, le fantôme de ben Laden
Les médias dans la "guerre au terrorisme"

L'arrestation de Saddam Hussein filmée en trois gros plans et l'exhibition des amygdales désormais les plus célèbres du monde, sont typiques d'une opération de psyops (les opérations psychologiques en jargon du Pentagone). Le sens est clair et brutal. Il s'agit d'une part de « choquer et sidérer » (shock and awe) les résistants baassistes en humiliant celui qui voulait être un nouveau Saladin : il n'a pas le courage de vendre sa peau aussi cher que ses fils. Second message, électoral, celui-là et destiné au public U.S. : le shérif a tenu parole ; il a arrêté le vilain, cet homme des cavernes. Le feuilleton irakien se finit. Nous allons repartir en douceur. Votez bien, braves gens.

Bien entendu, il se pourrait que le premier message rate son but et que ceux qui n'auraient pas pris le risque de ramener le Rais au pouvoir se sentent libérés pour entrer dans la résistance. Disons, pour le moins, qu'il sera désormais difficile de croire qu'un clochard hébété et sans téléphone dirigeait une armée secrète d'anciens tortionnaires reconvertis dans la terreur.

Quant au second message, son efficacité pourrait être provisoire. Pour le moment l'effet de surprise paralyse les critiques démocrates de Bush et fait oublier la controverse sur les Armes de Distraction Massive qui servirent de prétexte à la guerre. Mais, à long terme, si l'arrestation du dictateur ne fait pas baisser le nombre de body bags (les sacs à viande pour G.I.s morts) qui rentrent au pays, si son procès est l'occasion de révélations gênantes, cette opération pourrait bien ne convaincre que les convaincus.

Enfin et surtout, l'administration U.S. proclame que l'événement constitue la date inaugurale pour la fondation du nouvel Irak, bref que c'est un triomphe symbolique inégalable pour la démocratie. Du coup, elle remet au premier plan l'autre vilain, ben Laden. C'est lui qui désormais sera responsable de tout et sur qui se reporteront tous les phantasmes. Redevenu le « most wanted », le chef d'el Quaïda est-il promis au même sort ? Les théories vont bon train. Le 16 Décembre Madeleine Albright aurait dit au présentateur de Fox News, Morton Kondracke, que Bush savait où était ben Laden et attendait le moment le plus favorable électoralement pour l'arrêter (au même moment où un journal écossais prétend démontrer que l'arrestation de Saddam remonte en réalité à plusieurs semaines).

Nous n'avons aucun moyen de vérifier ces théories de la conspiration -- certainement pas plus délirantes que les propos des néo-conservateurs au pouvoir --. Mais il y a une chose dont nous pouvons être certains dans la guerre psychologique et médiatique, el Quaïda ne joue pas dans la même catégorie que le dictateur déchu. Là où la propagande irakienne, incarnée par son ministre de l'Information « Ali le Menteur », lourde et totalitaire, allait d'échec en échec, la multinationale jihadiste a bien compris comment fonctionne le système médiatique. Raison de plus pour réexaminer le rapport ambigu entre terrorisme et spectacle planétaires.

Oussama, l'Ouma et le média

Le diplomate américain Richard Holbrooke se demandait : « Comment se fait-il qu'un type dans une caverne puisse gagner la bataille de la communication contre la première société de l'information au monde ? » . Le type en question s'est fait metteur en scène de l'événement le plus filmé de l'histoire, le 11 Septembre. Il est vedette d'un feuilleton où les cassettes scandent ses réapparitions sporadiques. Son visage est reproduit à un nombre d'exemplaires que seules surpassent les icônes de Che Guevara. Bref, Oussama ben Laden apparaît à beaucoup comme un grand communicateur capable d'employer contre l'Occident l'instrument sur lequel celui-ci comptait pour séduire le reste du monde : ses écrans. Il est tentant de pousser le paradoxe plus loin : ainsi les spécialistes du renseignement auraient donné à el Quaïda le nom de code de « Disneyland ». Comme Disneyland l'organisation possède des succursales indépendantes dans le monde entier. Et, comme à Disneyland le personnel porte des masques et emprunte des identités .

Peut-on discerner dans l'action d'el Quaïda une logique médiatique qui reflète sa spécificité stratégique ou idéologique ? Ou pour élargir la question : la mouvance jihadiste représente-t-elle quelque chose de radicalement nouveau par rapport à la vieille « propagande par le fait » ?

Première caractéristique d'el Quaïda : sa façon de gérer sinon ses droits d'auteur, du moins sa signature. Pour une large part, ceci reflète l'ambiguïté même de l'organisation et de sa nature. D'autres en ont traité avec plus de pertinence : organisation, nébuleuse, « franchise », mythe médiatique ? La désignation el Quaïda recouvre suivant le cas une structure quasi sectaire autour de chefs historiques (dont ben Laden n'est pas forcément le principal), des organisations relativement autonomes mais s'associant pour des objectifs communs et « mutualisant » une part de leur expertise et de leur intendance, et enfin des jihadistes, chacun impliqué dans sa lutte endogène mais se réclamant de cette appellation globale et symbolique, pour des raisons quasi publicitaires. Ainsi, que faut-il vraiment entendre par « un attentat commis par el Quaïda » ? Les critères ne sont pas ceux qui permettent de dire que telle bombe humaine dans un autobus israélien appartenait au Hezbollah ou au Hamas. Des commentateurs annoncent toute les x semaines un tournant dans la stratégie d'el Quaïda, suivant qu'un attentat suicide atteint une organisation internationale, des ressortissants de telle nationalité en Irak, en Turquie, en Arabie Saoudite ou ailleurs. Ils supposent peut-être une volonté délibérée là où il y a des initiatives concurrentes, au calendrier aléatoire. Il se pourrait aussi que la mouvance jihadiste frappe parfois où elle peut quand et où elle est prête, même s'il est avéré que certaines actions ont parfois été prévues des années à l'avance.

L'effet de confusion se renforce souvent de l'effet de soupçon : qui aurait intérêt à agiter ici ou là le spectre d'el Quaïda ? Comment interpréter, par exemple, l'information publiée assez discrètement par la presse en Novembre 2003, et suivant laquelle « el Quaïda a démenti être l'auteur des attentats de Ryiad » ? Ou la façon dont un certain Abu Abdul Rahman Al-Najdi, se disant membre d'el Quaïda informe el Arabyia que son organisation n'avait rien à voir avec l'attentat contre le mausolée chiite de Natjaf (Irak) en Août 2003 ? Ou, au contraire, la manière dont, en Décembre 2003, un quotidien du soir, informé par sources anonymes U.S., annonce que les Américains ont arrêté en Irak plus de trois cent « Arabes ». Tel est le surnom des jihadistes étrangers qui viennent combattre « les croisés » en Irak, et dont certains seraient passés autrefois par l'Afghanistan des talibans). Le bruit court aussi qu'il y a sans doute bien davantage de terroristes de la mouvance el Quaïda dissimulés sur place. Selon quel critère juger du rattachement à el Quaïda d'un membre d'Amsar-al-islam ou de « l'armée de Mahomet » ? Le soupçon de manipulation devient systématique. Chacun se souvient des interrogations qui entourèrent la fameuse cassette dite du « pistolet fumant » fort opportunément retrouvée en Afghanistan par les troupes US en est le meilleur exemple : l'émir commentait la performance du 11 Septembre avec un visiteur, comme des supporters de football refaisant le match. Ils se remémoraient leurs rêves prémonitoires en se récitant des poèmes. De multiples « démonstrations » que la cassette était un faux grossier (le nez de ben Laden n'était pas de la bonne longueur, tel plan de coupe était suspect, ?) ont continué à circuler, même si, sur le fond, rien de ce que disaient les interlocuteurs ne contredisait les autres messages de ben Laden. Plus étrange, le cas d'une interview d'un certain al-Asuquf publiée par Asia Times Online le 14 Novembre 2002, prétendument de source el Jazira. Al-Asuquf se présentant comme le numéro trois d'el Quaïda donnait des détails chiffrés sur l'organisation et surtout annonçait que le 11 Septembre « n'était qu'un début » au regard des opérations en préparation. Il évoquait notamment avec les sept têtes nucléaires déjà entrées sur le sol américain et prêtes à toucher leurs objectifs. Il se révéla par la suite qu'el Jazira n'avait jamais interviewé ce personnage dont le nom lu à l'envers (fuqusA phonétiquement : fuck USA) aurait dû alerter. Mais la frontière entre le vrai, le faux, la désinformation et le simple canular ne sont pas toujours d'une clarté aveuglante. Et nous n'ouvrirons pas le très riche dosser des rumeurs et théories conspirationnistes se rapportant au 11 Septembre lui-même
-  il n'y avait pas de juifs parmi les victimes des Twin Towers,
-  aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone,
-  les prétendus kamikazes censés précipiter les avions sur les tours, sont toujours vivants
-  les avions étaient télécommandés
-  si vous regardez les photos des tours en flamme, vous voyez le visage du diable
-  les services secrets U.S. étaient parfaitement au courant...

Chacune de ces thèses est appuyée sur une contradiction, réelle ou supposée dans la « version officielle » ou sur une présumée impossibilité technique trouve preneur, voire des centaines de milliers de lecteurs pour le découvreur de ladite impossibilité manifeste... Cette situation reflète le scepticisme d'une part du public, ce que nous avons appelé la « mentalité X files » (« la vérité est ailleurs »). Elle prédispose à tout croire, surtout à une histoire de complot véhiculée par une rumeur, et surtout pas ce que racontent les grands médias. Mais le succès des versions alternatives de la réalité se nourrit de l'ambiguïté foncière des messages d'el Quaïda. Ils se placent dans un registre où la notion même de « revendiquer » une action n'a sans doute pas le même sens que pour nous. Si l'on s'en tient à la source la plus accessible, des messages écrits ou prononcés par ben Laden lui-même, il fourmille en formules indirectes. Ainsi, dans son appel diffusé le 11 Février 2002 , il déclare que « Des moudjahiddines utilisant des avions de l'ennemi ont mené une belle opération audacieuse et dont l'humanité n'a jamais connu d'égale », et « Ils ont ainsi détruit les idoles (le World Trade Center) des États-Unis, touché de plein fouet le Pentagone et l'économie américaine, jetant l'orgueil de l'Amérique dans la boue. » mais ne dit pas explicitement qu'ils agissaient sur ses ordres. Dans un autre texte, dit « déclaration d'el Quaïda à l'Ouma islamique, à l'occasion du premier anniversaire de la nouvelle guerre de croisade américaine » (comprenez : celui des attaques contre l'Afghanistan du 7 Octobre 2001), se retrouve un panégyrique des auteurs de l'attaque contre les Twin Towers, ou de ceux d'un attentat au Koweït, parfois désignés nommément. Dans d'autres textes alternent des remerciements prodigués à Dieu pour ce succès -- le 11 Septembre est souvent désigné comme « le jour béni » -- et des appels à prendre en exemple ces jeunes gens, « la conscience de l'Ouma » mais jamais une phrase disant exactement qu'el Quaïda a ordonné ces actes. Mais il est évident qu'elle les approuve et en a eu une connaissance préalable. Ben Laden lui-même précise qu'il n'existe pas d'organisation spécifique du nom d'el Quaïda, et rappelle que cette désignation renvoie à une « base » d'entraînement autrefois utilisée par les jihadistes dans le Panshir. Le désir d'effacer son action derrière la volonté divine et son organisation derrière une entité spirituelle -- la communauté des croyants -- ne peut s'expliquer par le seul désir de créer la confusion chez l'adversaire. Ce phénomène nous renvoie plutôt à la quête de l'identité mythique signalée plus haut. Les jihadistes se pensent moins comme acteurs que comme agis par des forces qui les dépassent, volonté divine, conscience communautaire des musulmans.

Mises en image

Ce constat nous renvoie directement à la seconde caractéristique : le « style » de ben Laden. Il est difficile à bien apprécier, dans la mesure où les versions des interventions diffusées par les médias sont généralement allégées de tout ce qui paraît trop lyrique, redondant ou incompréhensible à un public occidental. Or c'est justement ce hiatus qui est significatif. Il est important de bien apprécier cette façon d'interrompre le cours de son explication pour réciter un poème, de raconter un rêve prémonitoire ou de se référer à une fable, la multiplication des rappels historiques et théologiques, le souci constant de se justifier en droit islamique, l'habitude de faire un commentaire sur le sens d'un mot en arabe classique.... Le propos de ben Laden est imprégné de rhétorique arabo-musulmane archaïque, et sa façon d'employer l'image n'est pas moins significative. Il a beaucoup été écrit sur son goût sans doute un peu narcissique pour la mise en scène. Visiblement, il gère ses rares apparitions avec soin. Héroïsé, esthétisé, toujours dans une attitude noble et simple, le ben Laden des icônes, en tenue de guérillero, est aussi soucieux du décor de ses apparitions. Montagnes et désert comme arrière-plan, présence d'autres chefs d'el Quaïda assis devant une grotte et évoquant les compagnons du prophète pendant l'exil, dépouillement extrême des accessoires, où la Kalachnikov est la seule concession à la modernité tout contribue à rendre évident le message adressé aux musulmans : son combat est le prolongement de celui grands prédécesseurs mené dans un temps mythique, le Prophète et ses compagnons. C'est l'éternel affrontement des mêmes contre les mêmes : el Quaïda incarne l'Islam dans sa continuité. La catastrophe de 1258, lorsque le califat de Bagdad fut renversé par les Mongols, a des conséquences aujourd'hui.

Ben Laden s'inscrit dans la transmission à travers le temps plutôt que dans la communication à travers l'espace. Il joue plus sur les repères identitaires que sur l'universalité supposée des images médiatiques. Il tire vers le haut, c'est-à-dire vers un affrontement métaphysique, l'interprétation de son action que son adversaire voudrait tirer vers le bas : la barbarie, la haine de la liberté. Il parle d'abord aux siens en réactivant des codes qui échappent à l'Occidental. Pour ce dernier, le message prendra la forme plus explosive du défi symbolique ou de l'humiliation emblématique : l'attentat.

Troisième élément, donc : l'attentat vaut proclamation. Sur un plan religieux, il implique un double sacrifice. L'auteur de l'attentat transforme son corps en arme et en message à la fois, prouvant sa foi et gagnant son salut. Il a surtout le sacrifice des victimes. Leur mort prend, à son tour, un double sens. D'une part, elles ne sont pas « innocentes » d'un point de vue théologique (elles participent à un titre ou à un autre de l'Occident honni ou en sont complices). D'autre part, le choix de chacune apporte un enseignement aux vrais croyants : les Twin Towers « incarnent » le pouvoir insolent de l'argent et de l'impérialisme, un navire les agressions armées américaines, une boîte de nuit à Bali la dépravation occidentale, une église, les croisades. Une cellule présumée d'el Quaïda installée à Detroit et détruite en Novembre 2002 aurait filmé les objectifs auxquels elle comptait s'attaquer : le Grand Hôtel MGM, un casino à Las Vegas et le symbole ultime de l'Amérique : un parc Disneyland . Mais l'Occident imaginaire que combattent les jihadistes inclut aussi les régimes « collaborateurs » comme celui d'Arabie Séoudite. Cette logique a été poussée à son extrême par certains groupes algériens qui ont décrété takfir (anathème, digne d'être tué) leur propre peuple dans son ensemble, puisqu'il ne se révoltait pas contre le régime apostat d'Alger. Bref Occident est l'autre nom du monde : c'est une entité dont la périphérie est partout et le centre nulle part. En tous lieux il s'exhibe, et à chaque endroit il offre des cibles. Leurs choix par les islamistes révèlent le caractère illimité, métaphysique, de leur hostilité envers notre monde, mais autorisent aussi une stratégie souple : frapper des objectifs accessibles, au centre ou à la périphérie, des cibles « molles » (soft targets en jargon du Pentagone) ou plus dures au gré de leur vulnérabilité. Par ailleurs, les pertes subies par le camp « des juifs et des croisés » constituent une compensation quasi numérique pour les musulmans innocents qui souffrent et meurent tous les jours. En ce sens l'acte terroriste est suffisant et justifié en lui-même : il porte sa récompense dans l'obéissance aux décrets divins et dans sa conformité à une nécessité de réparation et d'humiliation.

Comment faire passer ces notions complexes auprès du « public » d'el Quaïda ? Pour résoudre cette question pédagogique, les mouvements jihadistes (et pas seulement el Quaïda) ont inventé un véritable genre, une variante particulière de la mort-spectacle : les « cassettes testaments ». Les candidats au martyre y expliquent leur acte. Cette mission pédagogique revenait dans le terrorisme antérieur au communiqué vengeur de revendication après-coup. La mise en scène du prêche (armes, bandeaux, Corans, affiches ou slogans dans le décor), de face et en plan fixe donne à ce nouveau genre de téléréalité un côté presque ritualisé. Plus inventive que ses cons ?urs, l'organisation el Quaïda a produit un chef-d' ?uvre de kitsch macabre avec les cassettes où les auteurs de l'attentat du 11 Septembre récitent leur texte avant, tandis que le montage fait apparaître les tours brûlant pendant et que le commentaire en tire la leçon après. On sait que circulent dans les mosquées et madrasas des images sanglantes (exécution de D. Pearl ou d'otages des isalmistes tchétchènes, soldats algériens égorgés par le GIA). De telles images, selon nos critères, devraient révéler toute l'horreur du terrorisme dont nous disons rituellement qu'il « frappe des victimes innocentes ou désarmées ». Or ces décapitations ou autres horreurs représentent, vues à travers la grille adverse, et malgré l'aversion de principe du Coran envers les images, des représentations exaltantes, des exemples à imiter, des instruments légitimes pour répandre l'amour de Dieu. Ce ne sont pas seulement deux camps qui s'affrontent ; ce sont deux façons de voir le monde, ou plutôt deux regards qui excluent l'existence d'un monde partagé. Nous pensions que les médias véhiculaient un imaginaire commun, que les industries culturelles planétaires fabriquaient un type d'homme, consommateur d'images pacifié et repu. Et nous redécouvrons combien les idéologies et les cultures font obstacle à l'unification de la planète par les médias et les marchandises.

Vecteurs de la terreur et canaux de la foi

Quatrième constat : le mouvement jihadiste ne se contente pas de la stratégie du parasitage. Certes, il oblige les médias adverses à véhiculer son message, dans la mesure où ils ne peuvent taire les actes terroristes. Comme ses prédécesseurs, l'islam activiste fait donc des médias les vecteurs de la terreur et les amplificateurs des frappes symboliques du faible contre le fort. Surtout, le faible se dote de ses propres médias concurrents ou exploite des moyens de communication alternatifs. Là non plus, ce n'est pas une innovation absolue : tout groupe activiste compte peu ou prou sur des médias propres pour s'adresser à ses sympathisants. Ses messages peuvent, suivant le cas, se propager par un émetteur radio clandestin, par des tracts, par des cassettes sonores distribuées sous le manteau comme en Iran ou par des ballades irlandaises chantées dans les pubs, ou par une U.R.L ? La mouvance islamiste dont on a souvent dit qu'elle mène une guerre en réseaux comprend aussi le rôle des réseaux de communications et les pouvoirs de la technologie.

L'emploi d'Internet par el Quaïda a suscité quelques phantasmes : les sites islamistes étaient accessibles à tous, des messages secrets transitaient par le Web, les terroristes passaient leurs instructions sur la Toile ? De là à déduire que le grand réseau qui devait symboliser le village global était devenu un champ de bataille numérique, il n'y avait qu'un pas. Après examen, il faut peut-être en rabattre. Ainsi il est impossible de vérifier les bruits selon lesquels el Quaïda utilisait des logiciels de cryptologie sophistiqués ou maîtrisait l'art de la stéganographie . En l'occurrence ce procédé aurait consisté en dissimulation d'un message réduit à un pixel presque invisible de telle façon que seuls les initiés sachent où les discerner sur une image qui paraîtrait innocente à toute personne non prévenue. Beaucoup de légendes ont couru qui n'ont jamais été confirmées : ben Laden préparait une cyberattaque contre les réseaux financiers mondiaux avec une brigade de pirates d'élite -- les cavernes de Tora Bora contenaient des salles d'informatique évoquant les bases secrètes high tech que James Bond fait exploser à la fin de chacun de ses films. Quant aux sites islamiques, leur existence est indéniable. Ainsi, il n'est pas très difficile, en quelques clics d'apprendre « comment s'entraîner pour le jihad » en français, texte précédé d'une mention assez hypocrite où les responsables du site déclarent inciter à aucune action illégale. Il n'est pas non plus très compliqué de trouver des propos enflammés sur l'affrontement entre islam et croisés. Pour autant, il ne faut pas espérer entrer en contact avec el Quaïda avec un bon moteur de recherche, ni croire que ben Laden recrute par écrans interposés. Tout d'abord parce que la vie des sites islamiques, plus que tous les autres, est éphémère et aléatoire. Entre disparitions, attaques de hackers anti-islamiques ou de services plus officiels, transferts d'adresse pour échapper à la répression, ennuis judiciaires, il est rare qu'ils durent, sans même parler de l'hypothèse de sites « pots de miel » destinés à ficher les sympathisants. D'autre part, les réseaux de soutien au terrorisme, s'ils utilisent Internet, ont l'intelligence de s'entourer de quelques précautions. Il y a un gouffre entre la vitrine publicitaire accessible à tous et l'usage d'Internet par des gens parlant la même langue, fréquentant les mêmes mosquées, se connaissant souvent personnellement, etc. et qui peuvent éventuellement se passer de bouche à oreille une URL. Mais la communauté plus ou moins organisée préexiste au média. Qu'il s'agisse d'el Quaïda ou de n'importe quel autre groupe activiste, ou terroriste, Internet peut servir à des fonctions alternatives. Mais elles étaient auparavant remplies par d'autres supports. Cela n'implique en rien que la révolution numérique ait encore bouleversé le terrorisme ou que le cyberjihadisme soit un concept qui bouleverse la réflexion stratégique.

Le cathodique et l'islamique

Le vrai changement réside bien davantage dans l'apparition des télévisions d'information continue en arabe, et, bien sûr, de la plus importante, el Jazira , vite considérée comme la CNN du monde arabe. Lancée en 1996 par le petit émirat du Qatar, qui souhaitait de se doter d'un instrument d'influence face à son puissant voisin séoudien, elle s'est vite fait une réputation de « poil à gratter » des régimes du Moyen-Orient. Ils s'en plaignent souvent et en ferment sporadiquement les bureaux. La chaîne qatarie irrite par son approche incroyablement pluraliste suivant les critères locaux (pluraliste suivant les critères locaux, car il est évident que les éditorialistes proaméricains ou sionistes ne sont pas très nombreux sur cette chaîne, surtout si l'on compare à Fox News). Mais des millions de spectateurs (sans doute plus de 35 dans le monde musulman) ont été étonnés par sa façon de refléter les critiques des régimes locaux, par sa manière de donner la parole à des points de vue différents, voire par sa décision d'accueillir des Israéliens ou des Américains sur ses plateaux. Powell, Rumsfeld et Condoleeza Rice y ont trouvé des tribunes pendant la guerre d'Afghanistan, sans compter l'ambassadeur U.S. Christopher Ross, capable de riposter sur les antennes à ben Laden en bon arabe et dans les deux heures.

Si el Jazira n'est en aucune façon -- et personne ne le prétend -- « télé ben Laden », elle a été vraiment connue en Occident le jour où elle a diffusé sa première cassette préenregistrée, le 7 Octobre 2001, à l'heure même où tombaient les bombes US sur l'Afghanistan. Dans l'hystérie médiatique de l'urgence, les autres télévisions furent obligées de suivre et de reprendre les propos de l'émir. L'effet de surprise de cette riposte -- images contre bombes ou K7 contre B52 -- semblait instaurer une nouvelle règle du jeu. Désormais il n'était plus question de jouer à trois : terrorisme - Occident - médias planétaires (soumis au second même si parfois parasités par le premier), mais à quatre avec des médias arabes.

Poureal Quaïda, la télévision du Qatar se prête d'abord à une stratégie directe : diffuser des messages. Ceux-ci seront vite partiellement censurés : sous le douteux prétexte qu'ils pourraient contenir des instructions secrètes, les USA obtiennent vite qu'ils ne soient plus diffusés sans examen préalable, dans leur intégralité et sans commentaire critique. Par ailleurs, il faut relativiser l'importance des interventions de ben Laden. Le 20 décembre 2003, la station de télévision el Arabiya, rivale d'el Jazira diffuse une cassette présumée de lui. Il fustige comme retour à « l'âge de l'ignorance » (c'est-à-dire la mentalité d'avant la révélation islamique) la convocation d'assemblées législatives (allusion à la Loya Jirga en Afghanistan et à la future assemblée en Irak), alors que seul le Coran doit être la loi. Il précise même que toute « solution démocratique et pacifique avec les gouvernements apostats » constituerait une offense à Dieu. La veille, sur el Jazira, Ayman el Zaouahri considéré comme le n°2 d'el Quaïda (et qui pourrait bien en être le numéro un) annonçait que les combattants de l'Islam après l'Afghanistan poursuivraient partout les Américains et leurs alliés. Ces apparitions faisaient suite à l'envoi de cassettes sonores à el Jazira en Octobre et aux images muettes, diffusées en Septembre : ben Laden marchant dans les montagnes en tenue de combat, comme pour prouver qu'il était toujours vivant. Si l'on ajoute ces documents aux cassettes audios de ben Laden depuis le 11 Septembre 2001 (moins d'une dizaine) et à deux ou trois séquences filmées , il est difficile de croire qu'il s'exprime comme il le veut sur les chaînes arabes. Il est aussi douteux qu'il dispose de moyens d'enregistrement très sophistiqués à en juger par la faible qualité des bandes. Certes, il est désormais impossible d'empêcher un ben Laden de toucher des millions de gens en envoyant un simple enregistrement à la bonne adresse. Mais l'essentiel n'est pas là. L'intérêt stratégique d'el Jazira est surtout indirect : c'est sa capacité à montrer la réalité du monde arabe, qu'il s'agisse de la violence en Palestine ou de la guerre en Irak, et d'en proposer une autre vision. Cela produit un double glissement, de point de vue -- du bombardier au bombardé, plongée, contre-plongée par exemple -- mais aussi changement de code puisqu'il reflète une culture différente de la nôtre qui se croyait universelle parce que prédominante. El Jazira peut montrer des morts afghans et irakiens, des dommages collatéraux, des prisonniers US humiliés, de telle façon que ces images ne puissent pas être ignorées par les autres médias. Et cela en dépit de quelques tentatives maladroites d'en interdire la diffusion, par exemple en arguant qu'il serait contraire à la convention de Genève de montrer le visage de prisonniers. Le danger de cette source d'images concurrentes est très vite apparu aux Etats-Unis : si el Jazira n'est pas un arme du terrorisme, elle est devenue une cible de la « war on terror ». Durant l'offensive contre l'Irak, entre correspondants de guerre intégrés (embedded) et reporters coincés dans un hôtel de Bagdad, el Jazira était quasiment la seule source d'images alternatives. Avec la fermeture de ses bureaux de Kaboul, le bombardement de ses locaux à Bagdad, la « bavure » qui a frappé un présentateur-vedette de la station constituent autant d'avertissements de Washington pour marquer jusqu'où la chaîne qatarie pouvait aller trop loin.

Conclusion

La relation entre el Quaïda et les médias reflète surtout un aspect idéologique et historique.
-  Idéologique : par l'ampleur et l'universalité de ses buts (convertir la Terre, réparer les torts faits aux musulmans depuis 1258, gagner une guerre mondiale contre l'hyperpuissance des juifs et des croisés ?), par sa logique messianique, par sa volonté de réactiver un passé idéalisé, celui du vrai Islam, el Quaïda opte visiblement pour l'identité mythique contre l'identité réelle ou organisationnelle, pour employer les catégories exposées plus haut. Elle vise au-delà de la politique, une fin mystique, qui exclut toute victoire au sens classique (renverser ou faire céder un État adverse). Son discours de combat et de prédication, clos et répétitif, exhorte à la lutte et proclame l'anathème. En cela, il ne se compare pas au discours stratégique des autres groupes terroristes, qui se module en fonction des phases de la lutte et qui, d'une certaine façon, provoque à un dialogue avec l'adversaire, ne serait-ce que pour le contraindre. La parole d'el Quaïda (souvent énoncée sous forme de fatwas, des avis interprétant la loi) est faite pour être reprise, commentée, véhiculée par des réseaux de croyants. Le reste est quasiment un bénéfice collatéral. Bien sûr, ses chefs ne sont pas stupides : ils réalisent parfaitement l'effet perturbateur du mythe d'el Quaïda véhiculé par les médias occidentaux, des vraies et fausses alertes, de la confusion, de l'attente de la prochaine frappe ? Peut-être même sont-ils secrètement enchantés de l'exploitation qu'en font les néo-conservateurs pour justifier la guerre préemptive ou pour menacer tel pays musulman. Ce faisant l'adversaire illustre leurs thèses : il y a l'Occident et eux qui sont la conscience de l'Ouma.

Mais le phénomène a une dimension historique : après le 11 Septembre, el Quaïda a atteint au statut d'ennemi principal. Ses adversaires eux-mêmes proclament qu'après ce crime inaugural, plus rien ne sera comme avant : l'unique but de leur action sera d'éviter la répétition d'un acte d'une ampleur comparable. Dans l'attente de deux images. Ou bien le « n°2 », l'attentat qui surpassera celui du 11 Septembre. Ou bien l'image de ben Laden mort, capturé, saddamisé. À ce stade, les jihadiste peuvent se contenter de rappeler leur existence, d'où leur stratégie d'apparition furtive. Cela suffit pour servir de catalyseur à tous les ressentiments et à toutes les craintes. L'idée jihadiste se propage par sa propre dynamique au-delà de l'organisation et de son discours. Vouloir, comme le font les Américains, gagner « les c ?urs et les esprits » par les médias, c'est peut-être avoir une bataille de retard. Entre obstacles culturels et scepticisme de masse, les médias révèlent leurs limites. Il y a deux mondes hermétiques, deux autismes qui s'affrontent.

François-Bernard Huyghe infostrategique@paris.com

> L'image de Saddam Hussein, le fantôme de ben Laden 8 mai 2006

C'EST VRAIS C'EST chians

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> L'image de Saddam Hussein, le fantôme de ben Laden 27 février 2005, par prince
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certaines personnes se croivent égales à dieu ou méme supérieure à dieu, mais en fait ils ne sont rien il représente méme pas un grain de sel qu'ils face partie de la politique en tant que président, ministre ou sénateur ils représente rien aux yieux de dieu.Ces gens la ménent des guerres attroces et meurtrières qui privent des millons de personnes de leurs familles en leur manquant de respect en leur volant ce qu'il leur reste de plus chère pour pouvoir continuer à vivre.Toutes ces personnes innocentes ne demande qu'une chause, c'est de pouvoir vivre tranquillement dans leur pays sans étre dérangé par des criminelles de guerre.toutes cette mise en scéne Américaine à causé la perte de plusieurs vies Irakiennes.Cette guerre ne signifie qu'une chause aux yeux des Américains, éxporter gratuitement du pétrole Irakien tout en le vendant à un prix éxtémement élevé pour pouvoir tirer profit de cette situation et donner un avantage aux sociétés Américaines pour qu'elles soient numéro 1 dans le monde.Mes le gouvernement et les milliardaires Américains qui tirent profit de cette situation et laisse un peuple innocent crever de faim pourra leur retomber dessus unjour ou l'autre.Les Américains ne se rendent pas compte de leur follie, une majoritée d'Américains subiront un chatiment qui les épargnera sans doute pas que ce soit aujourd'hui ou demain ils payeront sans doute le double de leurs érreurs commis.Cette guerre n'est qu'un film tourné par des producteurs Américains débiles dans le seul but de se faire du fric.Les Américains sont des criminells ils se tuent entre eux, ils ne connaisent qu'une chose le vol ,le viol,la pédophilie,la guerre et la destruction de la nature tout en nourissant leurs poches de fric obtenu par du versement de sang.Seul Dieu le tout puissant peut nous débarasser de ces Américains qui détruisent notre planète.

les cibles Américaines ...

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c'est la merde ! 24 novembre 2004, par redeyes
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nous les arabes on se fait humiliés par tout le monde ,alors mieux vaut qu'on ferme notre guele si on n'arrive pas à s'unir ! ! !

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> L'image de Saddam Hussein, le fantôme de ben Laden 1er août 2004
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Il est maintenant vérifié que les plus grands tortionnaires du monde sont bien les américains.

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> L'image de Saddam Hussein, le fantôme de ben Laden 7 mars 2004
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Les lecteurs de cet article seront certainement intéressés par le livre suivant : Marc Hecker, La presse française et la première guerre du Golfe, Paris, L'Harmattan, 2003 (préface de JC Guillebaud, postface d'Alain Gresh)

plus de détails sur ce livre

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