Today est l'une des émissions les plus populaires de Grande-Bretagne diffusée par la BBC. Il y a quelques jours, des spécialistes y affirmaient que le régime irakien était en possession d'armes chimiques. Comme preuve, des documents fournis par le Congrès national irakien (CNI), authentifiés par trois spécialistes occidentaux. Qui étaient ces spécialistes ? Rien n'était dit sur leurs parcours de même que les auditeurs de la BBC n'avaient pas été avertis ni des liens privilégiés qui existent entre le CNI et Washington, en particulier avec le Pentagone qui tire, notamment en échange de subventions, ses informations sur l'Irak du CNI. L'un des experts interrogé par le BBC est Robert Baer, ancien de la CIA, ayant appartenu au directorat des Opérations de 1976 à 1997. Baer a occupé de nombreux postes au Proche-Orient dont celui de chef de station de l'Agence en Irak. Il est par ailleurs connu pour juger son "ancienne" maison comme "pas assez interventionniste". Outre-Atlantique, un journaliste du New York Times, James Risen, termine la préparation d'un livre sur les rapports CIA et KGB. Un accord "éditorial" a été passé avec l'Agence qui a relu et modifié le manuscrit. Sans parler du manque de déontologie journalistique de ces deux affaires, on peut y distinguer plusieurs niveaux de propagande.
Liaisons dangereuses
Dans le jargon de Langley*, la propagande blanche se distingue lorsqu'elle émane d'un organisme officiel et est signée par elle ; la grise, celle de nos deux exemples précédents, provient d'une source officielle, mais n'est pas signée comme telle. Enfin, la propagande "noire" est constituée d'histoires fausses dont la source est soit fausse, soit attribuée faussement. Avec les grandes manœuvres autour de l'Irak, l'activité de la CIA, par le biais du Public Affairs Office, est en pleine effervescence dans le domaine de la presse et de l'opinion publique. L'Allemagne et la France sont particulièrement visées. Comme partout dans les pays "cible", des listes sont faites des journalistes "amis", "ennemis" et de ceux avec lesquels un bon travail peut être fait. Aux Etats-Unis ce type de méthode a toujours fait l'objet d'un débat. En 1976, la commission sénatoriale Church avait interdit l'usage de la presse par la CIA de même que le paiement de journalistes par l'Agence. Pourtant en 1996, John Deutch, alors directeur de l'Agence avait admis que de nombreuses dérogations existaient... L'influent CFR a d'ailleurs émis récemment l'une de ses "recommandations" prônant l'annulation officielle de cette interdiction.
Antoine Colonna in Intelligence et sécurité n°25.
*Siège de la CIA
Intelligence et sécurité Lettre d'actualité géostratégique 5, rue C. Pouillet 75017 Paris Tél et télécopie : 01 47 64 04 45 www.intelsecu.org