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DÉMENS UN AUTRE JOUR
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dimanche 29 décembre 2002, par F.-B. Huyghe
Démens un autre jour

Diabolisez, diabolisez… Il en restera toujours quelque chose. Une opération de désinformation est destinée à produire son effet dans un temps relativement bref, le temps haletant des médias. Plus tard, c'est trop tard : démenti ou vérification ne changent plus grand-chose si l'histoire inventée a rencontré un succès de croyance.

Ce qui est vrai pour un particulier accusé à tort (la première page s'il est inculpé, un entrefilet s'il est innocenté) l'est plus encore dans le domaine politique ou stratégique. Les médias n'aiment pas se rappeler qu'ils ont été abusés, surtout si leur erreur a déclenché des torrents compassionnels dont ils ont profité. Quant à ceux qui se sont indignés pour une mauvaise cause, ils préfèrent souvent accorder la réalité à leurs émotions que le contraire (en jargon des sciences de l'information et de la communication, cela s'appelle une dissonance cognitive). Et puis la mémoire fait le reste : elle conserve le souvenir de l'horreur ou de la sympathie éprouvées :elles sont valorisantes, simplificatrices et unanimistes, Elle oublie les faits qui ont bêtement tendance à êtres complexes, dérangeants ou immoraux (quand par exemple, les mauvais ne sont pas tous dans le même camp). D'où quelques paradoxes qu'on pourrait nommer de la preuve inutile. Ainsi, nous nous souvenons tous des médiamensonges de la première guerre du Golfe. Promis, juré, on ne nous y prendra plus ; n'est-ce pas ? Nous ne croirons plus aux fausses quatrièmes armées du monde, aux marées noires imaginaires, aux armes secrètes abracadabrantesques, aux soi-disants capitaines irakiens repentis témoins d'horreurs dans les caves de Saddam, ni aux bébés koweitiens dont les couveuses auraient été débranchées ! Pour prendre ce dernier exemple, s'il est une forgerie bien démontrée, c'est bien celle-là. Elle a fait l'objet de livres (notamment l'excellent : Second Front : Censorship and Propaganda in the Gulf War de John R. Mc Arthur) et d'émissions. Nayirah, l'infirmière, témoin de 15 ans, entendue par les Nations Unies, qui disait avoir vu des soldats irakiens débrancher des couveuses dans les hôpitaux koweitiens s'est révélée être la fille d'un ambassadeur du Koweït à Washington. On sait que l'autre témoin de fais le Dr. Behbehani, qui depuis a reconnu son mensonge, était dentiste, pas chirurgien de l'hôpital. On sait que toute la campagne sur les atrocités irakiennes était mise en scène par la compagnie de relations publiques Hill and Knowlton moyennant 11 millions de dollars. Bref le faux semble démontré. Pourtant, comme le signale le Washington Post, du 7 décembre, 2002, la fable est reprise dans l'émission "Live from Baghdad" sur HBO qui ajoute même ce détail : ce sont les propagandistes irakiens qui auraient manipulé les reporters de CNN en les laissant enquêter sur place. Et il semble que la moitié environ du public américain se souvienne de l'histoire comme vraie, proportion qui a sans doute augmenté après diffusion de l'émission. Autre exemple : les « preuves » de l'implication irakienne dans les attentats de New York,notamment une rencontre à Prague entre Mohamed Atta, le chef des kamikazes, et un agent irakien. Le Premier ministre tchèque a démenti qu'Atta ait été filmé en compagnie de cet agent irakien, Ahmed Khalil Ibrahim Samir al-Ani. Selon Dana Post du Washington Post ( journal qu'on pourrait difficilement qualifier de pacifiste ou pro islamiste), même la CIA ne croit plus ni à cette rencontre, ni à un quelconque lien entre Al Quaïda et Saddam via des groupes fondamentalistes réfugiés au Nord de l'Irak, comme Ansar al Islam. Le dossier serait donc vide, sauf à prendre au sérieux les affirmations d'une prétendue maîtresse de Saddam qui prétend avoir rencontré Ben Laden à dîner au palais présidentiel de Bagdad.

Tout cela n'empêche pas les deux tiers des Américains, suivant un sondage commandé par le Council on Foreign Relations, de croire que l'Irak est derrière les attentats du 11 Septembre (ce qui n'empêche pas que 87% des citoyens U.S. soient incapables de situer ce pays sur une carte). On peut trouver une maigre consolation dans le fait que la haine de la réalité ne soit pas un monopole occidental : la majorité des Indonésiens croiraient que l'attentat de Bali est l'œuvre de la CIA. !

F.B. Huyghe Observatoire d'Infostratégie

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